La "galère d’un miraud"

dans un bus sans annonce sonore

Ceci se passe un après-midi sur la ligne C20 ou C20e… Je monte dans le bus à Bellecour, le conducteur n’étant pas à l’intérieur, je me renseigne auprès des voyageurs déjà installés : c’est C20 ou le C20e ? Les deux bus me conviennent mais ne s’arrêtent pas aux mêmes arrêts. J’ai eu du mal à trouver une place debout vu que la seule place ischiatique (assis/debout) est occupée par une poussette, je reste donc debout au milieu du bus.

Le bus démarre : absence d’annonce sonore, je me renseigne auprès des voyageurs pour connaître les prochains arrêts mais la confusion entre C20 et C20e perdure ; un passage consulte la fiche horaire mais cette dernière se révèle inexploitable du fait de l’absence de certains arrêts. Bref, une personne m’assure que le prochain arrêt est « Saint-Irénée », je me prépare donc à descendre en vérifiant une nouvelle fois lorsque le bus est arrêté.

Et là commence la galère ! Pensant être à « Saint-Irénée », je cherche sitôt des escaliers mais malgré mon tâtonnement à la canne je ne reconnaissais pas le lieu. Je fais demi-tour - pensant que le bus s’est avancé au-delà de son arrêt - toujours rien. Je continue tout de même dans cette direction pour m’aider d’un feu sonore déclenché par ma télécommande. À l’approche de celui-ci j’entends plus ou moins bien « montée de Choulans », alors je pense être du coup à l’arrêt « Saint-Alexandre ». Je cherche dans ma tête pour me resituer, je me dirige plus avant vers le feu sonore et là j’entends sur le rouge-piéton, « traverser avec îlot central » ! Je ne suis pas à Saint-Alexandre… Je commence à ne plus savoir vraiment où je suis, je décide de remonter le chemin de Choulans et d’emprunter le trottoir d’en face, plus facile d’accès. Je bute sur un terre-plein confirmant que je suis dans l’avenue de la Première DFL et non pas Chemin de Choulans. Je reviens sur mes pas avec la trouille au ventre car ça débaroule très vite ! Je réintègre donc mon trottoir et entame la montée pour aller rejoindre la place Saint Irénée. Au bout de quelques minutes de marche, je rentre en collision avec une multitude de panneaux, le trottoir ne semble plus être accessible, je marche alors sur la chaussée tout en tentant de remonter sur le trottoir.

Soudain une voix m’interpelle : « ne bougez plus, attendez ! », je m’exécute immédiatement, enfin quelqu’un, sauvé ! Cet automobiliste après m’avoir vu « galérer » a fait demi-tour. « Il faut à tout prix aborder l’autre trottoir, celui-ci est en chantier de grande longueur ». Il m’aide à traverser et je profite pour bien m’informer : je suis bien là où je pense être. Me voilà en terrain identifié, ouf !

Je continue mon ascension, je devrais approcher de la place Saint-Irénée, j’attends avec impatience cette confirmation par message du feu sonore mais rien ne vient… Je réfléchis une nouvelle fois – heureusement que je connais le quartier – en suivant le trottoir j’ai dû emprunter le cours Valioud menant à Saint-Foy-Lès-Lyon, je fatigue. Je rebrousse chemin, je retraverse l’avenue de la Première DFL. Je commence à faire n’importe quoi. Je retrouve le trottoir en espérant ne pas tomber de nouveau dans les travaux. J’entends un bus, je fais signe, j’ignore s’il y a un arrêt mais il stoppe. « Dans quelle rue suis-je ? » Le chauffeur a du mal à comprendre d’emblée ce que je lui veux. Bref, suite à un échange d’information je monte dans le bus et arrive finalement à « Saint-Irénée » où se trouve mon domicile.

Voilà ou mène l’absence d’annonce sonore, les gens m’ont renseigné de travers. Je pensais être à un endroit et j’étais ailleurs ! Ma représentation mentale était fausse mais je continuais mon parcours... dans un lieu dangereux où peu de piétons déambulent donc pas possible de solliciter de l’aide. Heureusement qu’il y avait les « messages-parlés » des feux sonores qui m’ont bien aidé à me situer, sans eux j’y serai peut-être encore ! Cette ligne (C20/C20e) dessert le centre Wittoska - foyer de personnes aveugles.

En conclusion : pour un aveugle, l’annonce sonore n’est pas uniquement un confort mais une information primordiale !

Georges Masson